« Mal-langues et globalisation », CREAD, Alger, 2001

La globalisation économique tend éminemment à transformer les approches de la fonction du langage dans les processus productifs. Fonctionau sens d’utilité, de moyen, parmi d’autres, pour optimiser les résultats – qui se mesurent en gain ou en perte de parts de marché rapportés au “cash flow” – dans les circuits de réalisation de la valeur. C’est à dire, pour réduire les coûts de sortie (“outputs”: la commercialisation), les coûts d’entrée (“inputs”: les informations fournies par le marché déterminant une production spécifique, des investissements pré-productifs: études de marché, innovations techniques, etc.) et ceux qui affectent l’unité de production proprement dite: le mésosegment de cet ensemble fonctionnel dont le produit final s’interprète à travers des mesures de valeurs. Celles-ci possèdent une variabilité dans le mouvement des formes qui les transportent et, en outre, valeurs et prix ne revoient pas à des référents naturels: la variabilité de la monnaie par exemple se rapporte soit à sa fonction, soit à sa forme ou à la pluralité de ses significations relatives aux ethos sociaux qui les produit, donc du langage. Ainsi le dollar et l’Euro, formes culturelles et langagières des mesures de valeurs, sont des “événements” de changements culturels qui traversent les champs de la fonction, du sens et de la forme. A travers elles et parce qu’elles effacent un bon nombre de formes historicisées de mesures de valeurs – les anciennes monnaies nationales – s’insinuent des catégories de pensée univoques.

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« Mondialisation et révolution libérale-régionaliste : Repères euro méditerranéens », in Générations engagées et mouvements nationaux : le XXème siècle au Maghreb, CRASC, ORAN, 2012

Générations engagées et mouvements nationaux

En dépit des transformations majeures que connaît l’espace monde, ce texte note la prégnance du nationalisme. Or, il observe que, dans le même temps socio-historique, le capitalisme tend à s’extraire de la Nation pour s’inscrire dans un nouveau temps : un temps marqué par un processus de «dénationalisation» qui entraîne l’effacement tendanciel de la culture nationale ! Pourtant, en effet, si celle-ci tend à disparaître reste l’idéologie nationale ! Cette dernière entend se légitimer par antithèse à la mondialisation idéologique en cours et pour servir de recours, certes précaire, à l’affirmation de l’identité nationale. Ce n’est donc pas la fin du « nationalisme », mais, tendanciellement, un « nationalisme » qui trouve son modèle dans la « résistance » à se qui en train de se décomposer ; une décomposition qui s’universalise. Le texte souligne ainsi la nécessité de disposer d’une grille d’analyse socio-historique qui prenne au sérieux les effets de génération comme rapport de classe et de domination qu’ils portent et qu’ils organisent. Dans la même perspective,  sont examinés dans le comparatisme, les transformation de la ville au Maghreb, les effets de passage du local pré-national au libéral régionalisme et, dans le cas des analogies entre la Kabylie et la Catalogne, de l’impérialisme national au régionalisme impérial.

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« Minorités et nationalisme dans l’État espagnol : Le cas Basque », Gestion des minorités, Edisud, Paris, 2007

Voir s’associer les notions de « mondialisation » et de « minorité » n’est un paradoxe que si la « mondialisation » est pensée comme un ordre assujetti à une intelligence unique, imposant, sous acculturation, ou par diffusion, des traits culturels et sociaux identiques à toute société constituée. Sans pousser le raisonnement trop loin sur les chemins de la causalité, qui nécessiterait un développement rigoureux impossible à faire ici, suggérons que la notion de « minorité » résulte d’un processus généré par les caractéristiques actuelles de l’économie. Deux arguments autorisent cette hypothèse : d’une part, la « mondialisation » crée des configurations sociopolitiques subalternes qui sont autant de dispositifs par lesquels la « valeur » se réalise et, d’autre part, parce qu’il en émerge des « minorités », la préoccupation gestionnaire de la « mondialisation », son gouvernement, s’accompagne de la recherche des modalités de leur administration. Connue aujourd’hui sous la catégorie politico administrative et idéologique de « gouvernance » ; c’est de cette façon que s’exprime l’unité entre le surgissement de « minorités » et la « mondialisation » qui le produit…

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« Introduction » et « Mémoire ouvrière, mémoire de l’immigration », in Mémoires algériennes, Syllepse, Paris, 2004

Mémoires algériennes

Mémoire algériennes et histoire de l’Algérie

« Mémoires algériennes » ! Voila donc des mémoires en quête d’un passé pour lequel aucun devoir n’exige l’évocation. Abdelmalek Sayad, à qui ces pages veulent rendre hommage, connaissait mieux que quiconque la gravité et la force explicative de ces mémoires multiples, différenciées, que les historiens peinent à constituer en archives ; des mémoires tourmentées faisant entendre les plaintes recouvertes par la période coloniale, dans l’immigration, et celles enveloppées aujourd’hui par l’État national algérien auquel on continue d’accorder des vertus confisquées par l’histoire, si ce n’est par celle de l’été 1962. D’ailleurs, le lien entre mémoire et histoire ne trouve-t-il pas sa signification dans cette diversité, échafaudant des histoires dissemblables, discordantes ou partagées?  Sans doute, de pareilles mémoires, qu’on les nomme « algériennes » ou d’« immigrés », ne possèdent-elles pas l’indication requise qui les ferait s’exalter au nom d’un « devoir national ». C’est du reste sa précarité symbolique présente qui, en France, le presse à s’abriter plus sûrement, du moins le croît-on, sous la bannière des « droits de l’homme » ; « devoir national » ne fait pas bon ménage avec des mémoires d’immigrés, d’immigrés algériens où se mêlent plus encore des « mémoires ouvrières »…

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« Mémoire ouvrière, mémoire de l’immigration »

Dire « mémoires algériennes » invite assurément à limiter les références mémorielles aux souvenirs les plus proches, dans une « Algérie » par ailleurs historicisée depuis les temps immémoriaux d’ancêtres fondateurs, alors qu’elle est une invention du XIX e siècle. De cette histoire moderne, dont beaucoup reste encore à faire, demeure des archives papiers et quelques livres ; quitte à s’en accaparer les avatars disparates, la mémoire pour sa part s’intéresse aussi à autre chose. Si elle fouille l’histoire, c’est surtout pour célébrer ce que Théodor Adorno définissait comme celle des « malheurs passés », sous des rituels les magnifiant plus encore par l’éclat controuvé du « grand dessein national » accompli et de l’enchantement de sa visée « démocratique » et « sociale » continûment reportée, dont ils annoncent l’avènement, non de façon tangible donc, mais sous l’illusion que crée l’imaginaire : toujours comme promesse, tant sont indicibles les malheurs futurs. Encore s’agit-il de malheurs singuliers, arrachés en guise de mémoire pour servir des utilités et des stratégies sociales dans le présent et pour l’avenir, d’où des mémoires croisées, voire contraires. Du coup, l’objet « Algérie » amène ses historiens à travailler sous la contrainte d’une vérité à construire en vue d’instruire toute une série de dossiers : la laïcité, le foulard et l’Islam, les harkis, l’intégration, etc. Et ils se divisent en fonction de la pression qu’ils reçoivent ou des inflexions axiologiques, idéologiques et politiques, qu’ils donnent à leurs recherches. Le Centre de Ressources et de Mémoire de l’Immigration créé récemment à Paris échappera difficilement à ce dilemme. Travaillant sous commande étatique, il s’expose forcément au risque de produire une sorte de base mémorielle, qu’on appellera peut-être mémoire de la « réconciliation », une mémoire dictée par la nécessité de coller aux préoccupations politico économiques actuelles des États français et algériens. C’est évidemment encore trop tôt, il faut attendre un peu pour savoir ce qu’il en adviendra, mais ceci survient au moment même où, dans une commune voisine, le maire interdit que soit évoqué le 17 octobre 1961 dans une manifestation publique !

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