« Mondialisation et révolution libérale-régionaliste : Repères euro méditerranéens », in Générations engagées et mouvements nationaux : le XXème siècle au Maghreb, CRASC, ORAN, 2012

Générations engagées et mouvements nationaux

En dépit des transformations majeures que connaît l’espace monde, ce texte note la prégnance du nationalisme. Or, il observe que, dans le même temps socio-historique, le capitalisme tend à s’extraire de la Nation pour s’inscrire dans un nouveau temps : un temps marqué par un processus de «dénationalisation» qui entraîne l’effacement tendanciel de la culture nationale ! Pourtant, en effet, si celle-ci tend à disparaître reste l’idéologie nationale ! Cette dernière entend se légitimer par antithèse à la mondialisation idéologique en cours et pour servir de recours, certes précaire, à l’affirmation de l’identité nationale. Ce n’est donc pas la fin du « nationalisme », mais, tendanciellement, un « nationalisme » qui trouve son modèle dans la « résistance » à se qui en train de se décomposer ; une décomposition qui s’universalise. Le texte souligne ainsi la nécessité de disposer d’une grille d’analyse socio-historique qui prenne au sérieux les effets de génération comme rapport de classe et de domination qu’ils portent et qu’ils organisent. Dans la même perspective,  sont examinés dans le comparatisme, les transformation de la ville au Maghreb, les effets de passage du local pré-national au libéral régionalisme et, dans le cas des analogies entre la Kabylie et la Catalogne, de l’impérialisme national au régionalisme impérial.

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« Émeutes et violence: les paradoxes de l’État de droit », in Émeutes, contestation et ordre étatique: Octobre 1988 – Octobre 1998 Perspectives comparées à partir du cas algérien, Didier Le Saout et Marguerite Rollinde éds, Paris, Karthala/IME, 1999

Emeutes et mouvements sociaux au maghreb

Il existe des degrés d’émeute. Toute l’histoire sociale, celle qu’offre les récits d’époques les plus lointaines jusqu’à ceux de l’ère moderne, l’illustre. Ce n’est probablement pas par hasard historique si cette récurrence parcours comme un flot, certes souvent désordonné, le mouvement des sociétés. On ne peut en tout cas éviter de supposer que puisse s’y loger une des sources, sinon la structure même, du changement social. Introduire ainsi le thème de l’émeute, n’implique nullement, bien que cela soit tentant, de s’abandonner à quelque acception téléologique de l’historicisme. Stipuler qu’il existe des degrés d’émeute revient certes, à identifier deux dimensions: l’une, verticale, qui hiérarchise les émeutes relativement à la force de leurs impulsions et à l’ampleur de leurs conséquences, l’autre, horizontale, qui met cette hiérarchie en perspective diachronique et observe comment son agencement s’inscrit, ou non, en cohérence avec un moment historique. Mais mettre à l’épreuve l’hypothèse d’un “ sens ” de l’émeute, identifiable tant dans l’enchaînement de ces impulsions, ou par le fait même de cet enchaînement, sur la courte et la longue durée, que dans l’agencement de ses niveaux d’intensité, efface l’intérêt pour la multiplicité des facteurs propres aux processus qui la façonne ; facteurs qui, éventuellement, peuvent s’inscrire dans une intention, rationnelle ou non.

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« Immigration et effets de longue durée dans l’espace Euro Maghrébin : De la mobilité des peuples aux nouvelles circulations migratoires », in Miradas y encuentros entre las orillas del Mediterraneo, Actas de las Jornadas Mediterraneas sobre inmigracion de la Universitat de Valencia, Universitat de Valencia, 2006

Miradas y encuentros

Desde la sociología histórica, este articulo trata de abarcar el conjunto de procesos históricos que ayudan a comprender muchos conflictos actuales, como el neo racismo. Para ello, dedica una primera parte a deconstruir conceptos clave como “Estado”, “Estado colonial” y “Estado nacional”. El análisis de la construcción histórica del Estado centralizador en el Mediterráneo, le permite evidenciar “la profunda unidad histórica de las configuraciones políticas, sociales y culturales entre cristianos y musulmanes”; un dato importante para desarmar teorías culturalistas como la del “choque de civilizaciones”. Posteriormente, el articulo reflexiona sobre los Estados-nación donde, según el, proceden los problemas de hoy, y que analiza como la “mundialización” de un modelo que pone fin a “la nacionalización des todas la sociedades.. a su reunión en un unico pueblo por un Estado nacional ”. Esta nacionalización que construye a un pueblo, constitutiva de la historia del Estado nacional, se hizo sobre la base de “un Estado, un pueblo, un territorio”, fundamento que contiene, a su parecer, un pernicioso principio de “purificación nacional”. Respecto a los países del Maghreb, sus historias nacionales fueron “fabricadas”, según el autor, a partir de la colonización, la cual venia a interrumpir así los procesos de unificación endógenos. Lo que fue fabricado por este paréntesis colonial se reanudó en muchas de sus consecuencias después de las independencias, como lo señala el ejemplo de Argelia, donde se llegó a forjar además una continuidad histórica de unos dos mil años, cuando, realmente, “Argelia” surge como tal sólo a partir de su colonización (es decir en 1830).

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« Qu’y a-t-il de nouveau aujourd’hui dans les manifestations migratoires ? », in Migrants/Migrance : El harga, NAQD, Alger, N° 26/27, 2010

Migrants-migrance

Il est possible, en situant l’examen d’une telle interrogation dans un cadre
très général, de déduire les « caractéristiques nouvelles » des immigrations
actuelles d’une accélération du processus d’urbanisation concourant, dans sa
configuration présente à l’échelle du monde, à ce que les géographes désignent
sous le terme de « métropolisation », une régionalisation à polarité urbaine et
tertiaire, ouverte sur la nouvelle distribution des pôles urbains et régionaux. Plus
encore, s’agit-il d’une régionalisation entendue comme degré intermédiaire de
recomposition de l’emboîtement des rapports sociaux à l’échelle planétaire. De la
campagne aux villes, le basculement est démographique et le renouvellement
urbain s’effectue aussi par déplacement de populations, la mobilité spatiale,
qu’on la considère comme un effet de la migration au sens habituel du terme ou
comme celui induit par les nouvelles qualifications professionnelles, se retrouve
donc moins par son mouvement que pour ses effets d’attraction locale…

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« Minorités et nationalisme dans l’État espagnol : Le cas Basque », Gestion des minorités, Edisud, Paris, 2007

Voir s’associer les notions de « mondialisation » et de « minorité » n’est un paradoxe que si la « mondialisation » est pensée comme un ordre assujetti à une intelligence unique, imposant, sous acculturation, ou par diffusion, des traits culturels et sociaux identiques à toute société constituée. Sans pousser le raisonnement trop loin sur les chemins de la causalité, qui nécessiterait un développement rigoureux impossible à faire ici, suggérons que la notion de « minorité » résulte d’un processus généré par les caractéristiques actuelles de l’économie. Deux arguments autorisent cette hypothèse : d’une part, la « mondialisation » crée des configurations sociopolitiques subalternes qui sont autant de dispositifs par lesquels la « valeur » se réalise et, d’autre part, parce qu’il en émerge des « minorités », la préoccupation gestionnaire de la « mondialisation », son gouvernement, s’accompagne de la recherche des modalités de leur administration. Connue aujourd’hui sous la catégorie politico administrative et idéologique de « gouvernance » ; c’est de cette façon que s’exprime l’unité entre le surgissement de « minorités » et la « mondialisation » qui le produit…

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« Introduction » et « Mémoire ouvrière, mémoire de l’immigration », in Mémoires algériennes, Syllepse, Paris, 2004

Mémoires algériennes

Mémoire algériennes et histoire de l’Algérie

« Mémoires algériennes » ! Voila donc des mémoires en quête d’un passé pour lequel aucun devoir n’exige l’évocation. Abdelmalek Sayad, à qui ces pages veulent rendre hommage, connaissait mieux que quiconque la gravité et la force explicative de ces mémoires multiples, différenciées, que les historiens peinent à constituer en archives ; des mémoires tourmentées faisant entendre les plaintes recouvertes par la période coloniale, dans l’immigration, et celles enveloppées aujourd’hui par l’État national algérien auquel on continue d’accorder des vertus confisquées par l’histoire, si ce n’est par celle de l’été 1962. D’ailleurs, le lien entre mémoire et histoire ne trouve-t-il pas sa signification dans cette diversité, échafaudant des histoires dissemblables, discordantes ou partagées?  Sans doute, de pareilles mémoires, qu’on les nomme « algériennes » ou d’« immigrés », ne possèdent-elles pas l’indication requise qui les ferait s’exalter au nom d’un « devoir national ». C’est du reste sa précarité symbolique présente qui, en France, le presse à s’abriter plus sûrement, du moins le croît-on, sous la bannière des « droits de l’homme » ; « devoir national » ne fait pas bon ménage avec des mémoires d’immigrés, d’immigrés algériens où se mêlent plus encore des « mémoires ouvrières »…

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« Mémoire ouvrière, mémoire de l’immigration »

Dire « mémoires algériennes » invite assurément à limiter les références mémorielles aux souvenirs les plus proches, dans une « Algérie » par ailleurs historicisée depuis les temps immémoriaux d’ancêtres fondateurs, alors qu’elle est une invention du XIX e siècle. De cette histoire moderne, dont beaucoup reste encore à faire, demeure des archives papiers et quelques livres ; quitte à s’en accaparer les avatars disparates, la mémoire pour sa part s’intéresse aussi à autre chose. Si elle fouille l’histoire, c’est surtout pour célébrer ce que Théodor Adorno définissait comme celle des « malheurs passés », sous des rituels les magnifiant plus encore par l’éclat controuvé du « grand dessein national » accompli et de l’enchantement de sa visée « démocratique » et « sociale » continûment reportée, dont ils annoncent l’avènement, non de façon tangible donc, mais sous l’illusion que crée l’imaginaire : toujours comme promesse, tant sont indicibles les malheurs futurs. Encore s’agit-il de malheurs singuliers, arrachés en guise de mémoire pour servir des utilités et des stratégies sociales dans le présent et pour l’avenir, d’où des mémoires croisées, voire contraires. Du coup, l’objet « Algérie » amène ses historiens à travailler sous la contrainte d’une vérité à construire en vue d’instruire toute une série de dossiers : la laïcité, le foulard et l’Islam, les harkis, l’intégration, etc. Et ils se divisent en fonction de la pression qu’ils reçoivent ou des inflexions axiologiques, idéologiques et politiques, qu’ils donnent à leurs recherches. Le Centre de Ressources et de Mémoire de l’Immigration créé récemment à Paris échappera difficilement à ce dilemme. Travaillant sous commande étatique, il s’expose forcément au risque de produire une sorte de base mémorielle, qu’on appellera peut-être mémoire de la « réconciliation », une mémoire dictée par la nécessité de coller aux préoccupations politico économiques actuelles des États français et algériens. C’est évidemment encore trop tôt, il faut attendre un peu pour savoir ce qu’il en adviendra, mais ceci survient au moment même où, dans une commune voisine, le maire interdit que soit évoqué le 17 octobre 1961 dans une manifestation publique !

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« Approche typologique de la génération des formes sociales de la fonction d’intégration », in Identité et culture Amazigh, Édition Bouchène, Paris, A paraître

Il s’agit ici de présenter une théorie générale des formes associatives, apte notamment à en produire une typologie. En tant que théorie, elle n’est évidemment pas compatible avec les visions Politico idéologiques des associations, souvent présentées comme des « écoles de la citoyenneté » ou celles que l’on trouve dans les manuels orientés vers les technologies d’intervention sociale qui, lorsqu’elles sont néo-libérales, les envisagent comme des « organisation de la société civile », ou, quand elles sont portées par des mouvements sociaux de gauche, comme des lieux d’organisation de la solidarité entre dominés. Plus encore, une telle théorie des systèmes d’association présente l’avantage d’ouvrir des hypothèses fécondes sur les processus de changement et de reproduction sociale des systèmes sociaux hiérarchiques. Tout autant qu’elle oriente vers la «sociologie de l’habitus» elle permet en effet d’explorer les approches dynamistes, comme a pu le faire Georges Balandier quant à la permanence de l’inégalité dans la structure sociale, sous les catégories de prestige et de pouvoir, articulant les champs très actuels de « tradition » et de « modernité ».

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« Les métamorphose autour du concept clé d’émancipation », in L’Homme et la Société, L’Harmattan, n°132-133, 1999/2-3

L'homme et la société 132-133

Paradoxalement, les approches qui se rapportent à la thématique de l’émancipation sont plus diversifiées aujourd’hui que celles qui se présentaient aux chercheurs en sciences humaines et sociales il y a vingt ou trente ans. Elles sont d’inégale valeur parfois divergentes, voire opposées. La parité, par exemple, est souvent appréciée comme un progrès vers l’émancipation des femmes. Sur un autre plan, déconnectée des déterminismes sociaux et économico-politiques, la formation de “l’acteur social” – ou celle du “nouveau citoyen” – vient s’appuyer sur les tendances historiques lourdes de l’individualisme et sur sa justification théorique dans les sciences sociales, pour constituer un autre modèle de l’émancipation. S’inscrivant à l’encontre des théories classiques de la lutte de classes et de l’historicisme qui la réalise dans le communisme, il s’agit d’un modèle d’émancipation lié à un historicisme où s’imposerait une congruence entre capitalisme et démocratie. Et si, enfin, l’émancipation libère de quelque chose qui est vécue comme une domination ou une contrainte, on voit que le spectre qui s’ouvre pour définir le concept, limite en même temps l’ambition d’une recherche fondamentale quant à l’évolution des sociétés, ou plus exactement quant à l’évolution humaine. La question de l’émancipation a un corollaire: de quoi s’émancipe-t-on? De toute évidence, les animateurs de l’Homme et la Société avaient en vue ce problème. Et ce n’est sans doute pas sans malice qu’ils ont établi leur projet d’inscrire le thème de l’émancipation dans ce contexte. Il ouvre de toute façon à la possibilité de jouer sur des ambiguïtés. Cela peut-il permettre de d’alimenter une discussion féconde?

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«Une sociologie des formes associatives est-elle encore possible?», in Autour d’Alain Caillé et des travaux du Mauss, Proximité, EME, Bruxelles, 2010

Qu’est-ce que l’« individu »? Intruse question que celle-ci quand l’utilitarisme prépondérant ne cesse d’inviter les disciplines de science sociale à sacrifier, sous le signe de la révélation, au rite du « sujet ». Un « sujet » forcément controuvé, mais assurément artificieux, sinon mystificateur ; une axiomatique du sujet venant en somme compléter celle de l’intérêt. Au risque d’irrecevabilité, l’interrogation peut se formuler ainsi: les caractéristiques qui créent et orientent les conduites de cette machine nommée « individu » peuvent-elles être identifiées? Á condition bien sûr de faire l’hypothèse qu’elles y résident bien là, cela paraît non moins pertinent que de suggérer d’emblée un « sujet » de nature utilitariste ou contre-social. « Le sujet est un concept fondamentalement non social parce que l’ordre social, c’est l’anti-sujet. Je me défends contre le social et je le construis. Ce qui fait qu’on peut être un acteur, c’est qu’on intervient comme sujet. L’acteur ne peut être social que s’il a une base d’évaluation non sociale des conduites, quelles que soit la société considérée » (Touraine, 2000, pp. 38-39). Pour Alain Touraine, parmi d’autres, l’« acteur » se constitue de ce fait à partir d’un « sujet » non social, construisant son agir sur une base non sociale ; comment décrire cette sorte de réalité nouménale. Tout laisse à penser que si les disciplines de science sociale semblent avoir abandonné toute volonté heuristique dans ce domaine, c’est parce que, visant pour la plupart le présupposé de leurs théories, la démarche exposerait ces dernières au risque de péremption…

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