« Association, auto-organisation et changement social: le cas des jeunes issus de l’immigration maghrébine en France », in Insaniyat, Oran, Centre National de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle, N°8, Juillet-Août, 1999

L’intérêt de l’analyse scientifique des formes associatives ne réside pas tant dans leur classification typologique – il en existe de nombreuses dont les critères appellent souvent des problématiques contradictoires -, que dans le dévoilement des mécanismes structurels du changement social. L’hypothèse développée ici pose le principe d’une théorie fondée sur le travail pulsionnel des processus d’auto-organisation, comme sa modalité initiale et nécessaire. Dans un premier temps, elle relève d’une socioanalyse du rapport entre différents sens: les sens technologiques qui organisent les pratiques de rationalisation du social et le sens commun comme résultat historique intériorisé de ces pratiques. Ainsi, consiste-t-elle à analyser ce va et vient entre les structures objectives de la société et ses formes cognitives – comment les agents sont, et ont été, amenés à donner du sens à leurs activités -. Cependant, cette voie féconde, en tant qu’elle vise à surmonter les problèmes non résolus hérités des approches structuro-fonctionnalistes, tend à désagréger la notion d’État. En effet, montrer l’État et la Société dans un rapport de fluidité où l’État est à la fois le produit des processus internes à la société et son constituant non séparé d’elle, revient à penser le changement social exclusivement en dehors des déterminismes fonctionnels par lesquels l’État parvient à assurer son primat sur la société. Ceux-ci concernent précisément l’activité de rationalisation, relativement à la gestion de sociétés soumises à la structure concurrentielle de l’économie de marché. Réintégrer l’État est le moyen d’objectiver les structures rationnelles, et leur conversion historique, conduisant son autonomisation fonctionnelle et systématique selon une logique interne économique et technologique, et d’explorer ce travail fait par la société sur elle-même pour, en parlant comme Durkheim, inventer des « choses » qui n’apparaissent pas comme un arbitraire s’imposant de l’extérieur aux individus.

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« Expressions, interprétations de l’Islam dans les quartiers d’urbanisation prolétaire en France » in Approches de l’Islam, « Les actes de la DEGESCO, IISMM, EHESS, Paris, Déc 2006

Actes DEGESCO

Avec cette étude on ne quitte pas le Maghreb, ou plutôt l’Algérie, par la portée de son histoire à saisir les facteurs socio culturels du mouvement actuel d’islamisation en France : tant l’histoire de sa construction nationale que celle qui lui est antérieure. C’est à la fois l’histoire qui, par le déplacement du capitalisme atlantique, va « disqualifier » la Méditerranée et préparer des configurations « favorables » à l’instauration spécifique des rapports Nord/Sud contemporains: autrement dit, résultant de développements socio historiques que nous appelons « colonisations ». Il s’agit donc d’une histoire « exemplaire », en tant qu’elle fixe le cadre conceptuel des rapports France/Maghreb et appréhende un ensemble de déterminants qui pèsent sur la mise en forme des rapports sociaux en France aujourd’hui. Notre hypothèse est qu’ils ont conduit à des types de mise en mouvement et des formes d’apparition de populations, tels les « circulations migratoires », coloniales et post coloniales, ou à présent « l’islamisation ». Ainsi, avec les immigrations post coloniales, on reprend l’inspiration de Abdelmalek Sayad qui considérait l’immigration algérienne comme « exemplaire », d’abord de l’immigration coloniale et post coloniale, mais plus encore exemplaire de la condition d’émigré et d’immigré, d’Algérien et de Français, ce « paradoxe de l’altérité » propres à toutes immigrations (Abdelmalek Sayad, L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, Bruxelles, Éditions universitaires/De Boeck, 1991).

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« Révolution dans le Monde Arabe ou la démocratie inachevée », in Tra il nuovo e il vecchio : i cambiamenti politici nel nord Africa, Dir Antonio Sassu, AM&D Edizioni, Cagliari 2012

Couverture Tra il nuovo e il vecchio

Peut-on encore supposer un « Monde arabe » et parler de « révolutions arabes » sans voir que c’est déjà faire preuve d’exceptionnalisme méthodologique ? La priorité est aux considérations enthousiastes et aux commentaires extatiques, sous la prédominance de sources que les chercheurs ont pour principe de mettre en doute ou de soumettre à l’analyse critique. Articulées l’une à l’autre, ces sources sont médiatiques, orientées par les postures idéologiques propres à chacune d’elle et partisanes, produites par des protagonistes guidées par les références doctrinales et objectifs des uns et des autres. Les exigences minimums d’une science sociale « normale » semblent y trouver laborieusement leur place, comme si elles n’étaient pas adaptées aux types d’objet ou aux processus représentés par les événements en Tunisie, en Égypte et dans les autres pays du pourtour méditerranéen.

L’article qui suit analyse le processus de formation des États nationaux nord africains, en mettant en lumière comment la matrice coloniale a conduit les colonisateurs à une sous-estimation de l’articulation ethnique, sociale et historique des populations colonisées. Cela a entraîné la construction d’une « unité nationale » et, dans la plupart des cas, à l’invention de types spécifiques de régimes politiques au pouvoir et à la marginalisation des mouvements sociaux, présentée aujourd’hui comme expression de la « société civile ». Ceci explique ainsi que les élites militaires, en couvrant un vide politicien et social, ont tenu un rôle central dans l’histoire récente de ces pays et ils en constituent encore une variable cruciale de l’évolution en cours.

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