«Une sociologie des formes associatives est-elle encore possible?», in Autour d’Alain Caillé et des travaux du Mauss, Proximité, EME, Bruxelles, 2010

Qu’est-ce que l’« individu »? Intruse question que celle-ci quand l’utilitarisme prépondérant ne cesse d’inviter les disciplines de science sociale à sacrifier, sous le signe de la révélation, au rite du « sujet ». Un « sujet » forcément controuvé, mais assurément artificieux, sinon mystificateur ; une axiomatique du sujet venant en somme compléter celle de l’intérêt. Au risque d’irrecevabilité, l’interrogation peut se formuler ainsi: les caractéristiques qui créent et orientent les conduites de cette machine nommée « individu » peuvent-elles être identifiées? Á condition bien sûr de faire l’hypothèse qu’elles y résident bien là, cela paraît non moins pertinent que de suggérer d’emblée un « sujet » de nature utilitariste ou contre-social. « Le sujet est un concept fondamentalement non social parce que l’ordre social, c’est l’anti-sujet. Je me défends contre le social et je le construis. Ce qui fait qu’on peut être un acteur, c’est qu’on intervient comme sujet. L’acteur ne peut être social que s’il a une base d’évaluation non sociale des conduites, quelles que soit la société considérée » (Touraine, 2000, pp. 38-39). Pour Alain Touraine, parmi d’autres, l’« acteur » se constitue de ce fait à partir d’un « sujet » non social, construisant son agir sur une base non sociale ; comment décrire cette sorte de réalité nouménale. Tout laisse à penser que si les disciplines de science sociale semblent avoir abandonné toute volonté heuristique dans ce domaine, c’est parce que, visant pour la plupart le présupposé de leurs théories, la démarche exposerait ces dernières au risque de péremption…

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