« Émeutes et violence: les paradoxes de l’État de droit », in Émeutes, contestation et ordre étatique: Octobre 1988 – Octobre 1998 Perspectives comparées à partir du cas algérien, Didier Le Saout et Marguerite Rollinde éds, Paris, Karthala/IME, 1999

Emeutes et mouvements sociaux au maghreb

Il existe des degrés d’émeute. Toute l’histoire sociale, celle qu’offre les récits d’époques les plus lointaines jusqu’à ceux de l’ère moderne, l’illustre. Ce n’est probablement pas par hasard historique si cette récurrence parcours comme un flot, certes souvent désordonné, le mouvement des sociétés. On ne peut en tout cas éviter de supposer que puisse s’y loger une des sources, sinon la structure même, du changement social. Introduire ainsi le thème de l’émeute, n’implique nullement, bien que cela soit tentant, de s’abandonner à quelque acception téléologique de l’historicisme. Stipuler qu’il existe des degrés d’émeute revient certes, à identifier deux dimensions: l’une, verticale, qui hiérarchise les émeutes relativement à la force de leurs impulsions et à l’ampleur de leurs conséquences, l’autre, horizontale, qui met cette hiérarchie en perspective diachronique et observe comment son agencement s’inscrit, ou non, en cohérence avec un moment historique. Mais mettre à l’épreuve l’hypothèse d’un “ sens ” de l’émeute, identifiable tant dans l’enchaînement de ces impulsions, ou par le fait même de cet enchaînement, sur la courte et la longue durée, que dans l’agencement de ses niveaux d’intensité, efface l’intérêt pour la multiplicité des facteurs propres aux processus qui la façonne ; facteurs qui, éventuellement, peuvent s’inscrire dans une intention, rationnelle ou non.

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« Expressions, interprétations de l’Islam dans les quartiers d’urbanisation prolétaire en France » in Approches de l’Islam, « Les actes de la DEGESCO, IISMM, EHESS, Paris, Déc 2006

Actes DEGESCO

Avec cette étude on ne quitte pas le Maghreb, ou plutôt l’Algérie, par la portée de son histoire à saisir les facteurs socio culturels du mouvement actuel d’islamisation en France : tant l’histoire de sa construction nationale que celle qui lui est antérieure. C’est à la fois l’histoire qui, par le déplacement du capitalisme atlantique, va « disqualifier » la Méditerranée et préparer des configurations « favorables » à l’instauration spécifique des rapports Nord/Sud contemporains: autrement dit, résultant de développements socio historiques que nous appelons « colonisations ». Il s’agit donc d’une histoire « exemplaire », en tant qu’elle fixe le cadre conceptuel des rapports France/Maghreb et appréhende un ensemble de déterminants qui pèsent sur la mise en forme des rapports sociaux en France aujourd’hui. Notre hypothèse est qu’ils ont conduit à des types de mise en mouvement et des formes d’apparition de populations, tels les « circulations migratoires », coloniales et post coloniales, ou à présent « l’islamisation ». Ainsi, avec les immigrations post coloniales, on reprend l’inspiration de Abdelmalek Sayad qui considérait l’immigration algérienne comme « exemplaire », d’abord de l’immigration coloniale et post coloniale, mais plus encore exemplaire de la condition d’émigré et d’immigré, d’Algérien et de Français, ce « paradoxe de l’altérité » propres à toutes immigrations (Abdelmalek Sayad, L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, Bruxelles, Éditions universitaires/De Boeck, 1991).

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